La fontaine, Regard et tain
Installer une fontaine au coeur d’une forêt est un pari que seuls les artistes relèvent. Toutefois, sa présence stupéfiante nous fait d’une part prendre conscience de la valeur urbaine de ce type de construction, ainsi que des possibilités de discussion qui peuvent naître de rencontres au long du sentier secondaire que les visiteurs emprunteront pour s’y rendre. Le paradoxe de sa présence imposante et inattendue constitue un prétexte idéal pour les commentaires.
Jouant sur plusieurs registres, le vocabulaire architectural de l’oeuvre est tiré à la fois de la Renaissance italienne -les volutes, les angelots, les moulures - et de la cabane de chasseur ou du chalet québécois - les têtes de cerfs. Le doré des motifs décoratifs lui donne un air précieux, mais une dimension kitsch s’insinue par les motifs de têtes de cerfs.
Au fond de la fontaine se trouvent une série de miroirs en lieu et place de l’eau : la fontaine s’y reflète un peu, mais surtout les arbres environnants, ainsi que la personne qui regarde. Les angles aigus des miroirs fragmentent le paysage, tout en renvoyant la lumière qui filtre à travers les branches. L’idée provient d’une oeuvre précédente de l’artiste, réalisée lors d’une résidence en Écosse, où l’artiste a créé un vélo quasi invisible, intégralement recouvert de miroirs, reflétant le paysage des alentours et devenant une partie de lui.
Artiste multidisciplinaire, Marc Dulude utilise une grande variété de matériaux et en détourne les effets pour ébranler les certitudes, situer les idées reçues dans une autre perspective. La dimension critique et réflexive de ses oeuvres est souvent accompagnée par un clin d’oeil ludique.
Texte Pascale Beaudet, commissaire french text only