2011...        ,12'Lx26'Lx16'H,   sculpture, acier, bois naturels, bicyiclettes

L'HOMME QUI PLANTAIT DES VÉLOS...
Vagabondage ludique hors des sentiers battus. Voilà le ton du projet de Marc DULUDE qui installera plus d'une vingtaine de vélos usagés sur le site de Sentier Art 3à l'été 2011. La nature décidera du devenir des objets entremêlés à de jeunes pousses d'arbres, aussi plantées par l'artiste, et déterminera l'évolution de la rencontre des matières. Le temps fera son ouvrage. À la ville ou à la campagne, dans le cours normal des choses, un vélo fait son temps : il est remplacé par un autre plus performant; il est souvent oublié ou abandonné, parfois volé, alors que dans ce projet d'exposition, il se voit accorder une seconde chance, sinon la permanence, tout au moins la possibilité d'une lente métamorphose qui n'est toutefois pas à la veille de faire oublier qu'à un moment donné, quelqu'un, l'artiste, a opéré des greffes incongrues en forçant la végétation à croître à travers les cavités des vélos, à se coller au métal, à l'abîmer, probablement le tordre et le percer, pour en arriver à complètement défigurer les tuteurs qui lui avaient pourtant dicté son orientation de départ. Violent combat qui, on le sait bien, se soldera un jour par l'envahissement de la nature. Mais, d'ici là,  restera dans un temps long la trace de l'intervention in situ à laquelle les visiteurs pourront d'ailleurs participer du 8 au 19 août.

Marc Dulude n'en est pas à ses premiers virages et amarrages dans des sites telluriques et marins où les objets entrent en fusion avec leur environnement. Même avant l'obtention d'un diplôme de maîtrise en arts visuels à l'Université du Québec à Chicoutimi (2003), ses expositions individuelles et ses participations à divers projets collectifs articulés autour des thèmes de l'errance et du détournement des lieux communs s'étaient mérité des commentaires fort favorables de la part des critiques d'art. Depuis, stagiaire, entre autres, en Alsace et en Écosse, et récipiendaire de plusieurs bourses prestigieuses, dont la Bourse de résidence Scottish Art Council, la Bourse du Conseil des arts du Canada, recherche et création et à trois reprises la Bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec,il poursuit ses recherches au Québec, en Ontario, en Alberta et à New York, toujours avec une pointe d'humour. Et c'est d'un bon œil qu'il faut voir le caractère festif de ses oeuvres qui n'en sont pas moins appuyées sur une réflexion sérieuse.
Avec le projet 2011, titre de l'installation et date de départ de sa " conversion ", Dulude rejoint un schème de pensée partagé par bon nombre d'artistes en art actuel : s'adonner au plaisir des égarements ; procéder à des entrelacements qui font fi des différences de tous ordres ; confondre les espèces ; privilégier la démesure. Dans ce cas-ci, le dépaysement des objets et leur jointure alogique au lieu d'implantation champêtre ne sont cependant que des étapes préparatoires et anticipatives, voire visionnaires, de ce qui adviendra, car l'oeuvre laissée à elle-même se reformera et se régénérera différemment d'année en année. À suivre... à pied ou à vélo, ponctuellement, souvent et pour longtemps.


Texte  Nycole PAQUIN     french text only
Articles de journaux